Tartuffe et les  Molenbeek  de France

Tartuffe et les  Molenbeek  de France

« Cachez ce salafiste que je ne saurais voir. Par de pareils mots les âmes sont blessées » : les Tartuffe de la politique n’ont pas été longs à s’indigner des propos de Patrick Kanner, le ministre de la Ville, qui a admis ce week-end qu’une centaine de quartiers en France présentaient « des similitudes potentielles avec Molenbeek ». Les uns pour souligner qu’il ne fallait pas généraliser, les autres pour rappeler la main sur le c’ur « tous les talents qu’il y a », selon l’expression consacrée, « dans les quartiers ». Mais la palme est revenue à Jean-Christophe Cambadélis, le Premier secrétaire du PS pour qui il n’existe pas en France de zone ressemblant à cette fabrique de terroristes installée au c’ur même de Bruxelles, mais tout juste par-ci par-là « un immeuble, une tour, une poche, une rue », un endroit où il y a « une concentration très particulière » …

Merveilleuse figure de style. Ecrasée par des années d’interdit, la parole publique s’est peu à peu éloignée de la réalité, au risque assumé’ de ne plus savoir nommer ni décrire ce qu’il faut combattre. Un propos s’écarte-t-il du politiquement correct et décrit-il crûment une réalité, il est violemment dénoncé comme menaçant l’unité nationale, quand il n’est pas l’objet de poursuites devant les tribunaux. Manuel Valls lui-même en a fait plusieurs fois l’expérience, stigmatisé par une bonne partie de la gauche pour son autoritarisme décomplexé.

Quel étrange pays, engoncé dans cette gangue de la bien-pensance, quel décalage entre les paroles et les actes, quelle dissymétrie entre la pudibonderie des mots et le plébiscite pour l’état d’urgence, fût-ce au détriment de libertés publiques. Sans tomber dans la vision fantasmée de l’ennemi dont rêve l’extrême-droite, une certaine candeur ferait bien de se mettre au goût amer du jour. 

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