Rentrée scolaire , On parle de sécurité mais pas beaucoup de pédagogie

Rentrée scolaire , On parle de sécurité mais pas beaucoup de pédagogie

 « Je suis à deux ans de la retraite, je n’aurais jamais imaginé que l’école se transformerait comme ça. » Un responsable d’établissement soupire : « Je n’ai plus l’impression d’avoir le même métier. » Pour ce directeur d’école primaire à Villeneuve-d’Ascq (Nord), c’est sûr que la rentrée 2016 est « un peu particulière ». Au programme « On parle de confinement, de sécurité, d’alerte attentat, mais pas beaucoup de pédagogie. »  Pour 12 millions d’éleves, le retour sur les bancs de l’école le 1er septembre s’annonce sécuritaire. 

Après la série d’attentats qui ont frappé la France, les établissements scolaires continuent à s’adapter à la menace terroriste. Différentes mesures destinées à assurer la sécurité dans les établissements scolaires ont été annoncées le 24 août par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Pour cette dernière, il est désormais temps de développer une « culture pérenne de la gestion du risque et de la sécurité ». 

Simulation d’attentat avec intrusion, mise à jour des répertoires téléphoniques des familles, mobilisation de 3000 réservistes de la gendarmerie nationale, envoi d’une alerte test par SMS aux directeurs d’établissements : les mesures sont nombreuses. « Mais cela fait déjà un an que l’on prépare nos élèves à l’éventualité qu’un fou puisse arriver un jour et faire n’importe quoi chez nous », explique une proviseur adjointe dans les Hauts-de-Seine. 

Les mesures annoncées par le gouvernement ne font que renforcer les dispositions prises après les attentats du 13 novembre. « On a déjà embauché un emploi d’avenir, qui effectue une fouille visuelle des sacs. On a posé une bâche sur une grille extérieure qui donnait sur une avenue passante. On a assuré la présence perpétuelle d’un adulte pour gérer les entrées et les sorties… » énumère la responsable. Dans cet établissement scolaire, qui est à la fois un collège et un lycée, « on est en ordre de bataille ». 

Parmi les nouvelles mesures, « on réfléchit à un exercice de sécurité simulant un attentat avec intrusion, ainsi qu’à la création d’une porte de sortie à l’arrière ». Il est désormais obligatoire d’organiser non plus deux, mais trois exercices de sécurité, pour préparer les élèves à un éventuel attentat terroriste. Et pour effectuer les travaux de sécurisation d’urgence, 50 millions d’euros supplémentaires seront débloqués par l’État pour aider les collectivités locales à les financer. La sonnerie spécifique en cas d’attentat, désormais obligatoire, est « d’ores et déjà commandée ». Dans cet établissement des Hauts-de-Seine, la lutte contre le risque terroriste est déjà bien présente : « Dans les classes, les armoires sont positionnées près de la porte pour pouvoir faire barrage en cas d’intrusion. » Et le répertoire des parents, avec les numéros directs pour les appeler en cas d’urgence, est mis à jour. 

On s’était habitués à ce que les élèves ne connaissent pas les petits recoins cachés de l’établissement. Maintenant, on va leur montrer ! Un officier de police est venu pour regarder les endroits par où s’échapper. 

Une proviseure adjointe dans les Hauts-de-Seine

Franceinfo

Au-delà des mesures, l’objectif est de générer des changements d’habitude chez les élèves, leurs parents et le corps enseignant sur le long terme. Pour les collégiens de troisième, « une sensibilisation aux gestes qui sauvent » sera désormais obligatoire, auquel s’ajoute une formation au brevet de secouriste « de tous les élèves délégués ». Pour Fanny, professeure d’anglais dans un collège du Val-de-Marne, « c’est une bonne chose, on est tous plutôt inquiets, même si on essaye de ne pas tomber dans l’hystérie. »

L’an passé, après les attentats du 13 novembre, les élèves étaient complètement paniqués, la sensibilisation aux premiers secours permettra de les rassurer, même une fois qu’ils ont quitté l’enceinte du collège.

Fanny, professeure dans un collège du Val-de-Marne

Franceinfo

Cette « priorité absolue » donnée à la sécurité n’est pas appréhendée de la même façon dans tous les établissements scolaires. « On a déjà mis en uvre des mesures pour éviter les attroupements et, désormais, les parents attendent à l’extérieur, et non plus dans la cour, explique un directeur d’école primaire à Nanterre (Hauts-de-Seine), mais on ne peut pas non plus mettre un policier devant chaque école. » 

Au sein de l’école, pour la rentrée, la sécurité va se vivre avec les parents, en mesurant ce qui est vraiment efficace : une réunion sera ainsi organisée avec ces derniers pour discuter des mesures de sécurité prises et, surtout, pour rassurer. « On va continuer à être plus strict, notamment avec l’interdiction du train comme moyen de transport au bénéfice du car lors des visites scolaires ou des déplacements, mais on ne supprimera pas de classe verte comme cela a pu se faire l’an passé. »  Et si ce directeur a mis en place une alarme attentat, le recours à la vidéosurveillance est loin d’être à l’ordre du jour : « Mon école ne se transformera pas en forteresse. » 

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