Pour une COP22 de l’action Pour un Forum permanent des parties prenantes

Pour une COP22 de l'action  Pour un Forum permanent des parties prenantes

Alors que se déroule à Bonn du 16 au 26 mai, la réunion « intermédiaire » entre les COP21 de Paris et COP22 de Marrakech, le monde du développement durable s’impatiente. Nombre d’acteurs, industrie mondiale, agriculteurs du sud, société civile et, non des moindres, la future présidence marocaine de la COP elle-même, attendent une « COP de l’action ». Nous pensons qu’en parallèle des indispensables rendez-vous étatiques, ponctuels, il manque pour cela deux outils opérationnels. L’un est proposé par le Maroc et il faut le soutenir : le calibrage des informations fournies par les parties nationales. Nous en proposons un second, en appui : que soit créé un « forum permanent des parties prenantes », ces opérateurs réels de l’économie.

Des parties prenantes centrales. Après un galop d’essai à Lima pour la COP20 de 2014 (le Forum Innovation Durable), mais pour la première fois avec cette ampleur à Paris, les opérateurs, les entrepreneurs, les implémenteurs ont été sollicités dans le débat, avec un espace réservé : la « COP des Solutions », utile foire-exposition aux technologies et savoir-faire. Ils ont répondu présent au-delà des attentes en lançant des initiatives concrètes comme par exemple la « Business Alliance for water and climate », autour de 39 entreprises françaises. Dès janvier, ils ont avancé. En marge du Forum de Davos, de grands énergéticiens échangeaient informellement lors d’un petit-déjeuner. Le sujet ‘ Le potentiel de marché des technologies vertes dans les pays du Sud. Le projet ‘ Accompagner son émergence réelle en étant « raisonnables » : devant le nombre des pays, renoncer à une logique de lobby réglementaire, et à l’inverse convaincre un large nombre de ces pays d’évoluer vers des logiques de « socles communs » de leurs réglementations.

Bref, un mieux disant au service d’un environnement d’investissement plus lisible, et donc d’une implémentation plus rapide de ce marché. Un « triplé-gagnant » pour les pays du Sud, les entreprises de tous horizons et le climat.

Un dialogue continu est nécessaire.  Hélas, les jalons intermédiaires entre COP21 et COP22 n’offrent pas ou peu d’espace pour ce type d’acteurs. Quant aux initiatives privées annoncées à Paris, le Secrétariat français de la Présidence de la COP21 était toujours en train de les compiler 4 mois plus tard. Des initiatives de recensement des actions ont d’ailleurs déjà été mises en place par les Nations-Unies, telle l’initiative « NAZCA » lancée lors de la COP20 présidée par le Pérou. Mais la compilation n’a jamais fait un mouvement collectif, n’apporte pas en tant que telle d’échanges. C’est ensemble, régulièrement, et non lors de seuls rounds annuels mondiaux, que les gouvernements, l’industrie, les start-up et la société civile feront émerger des solutions à la fois rentables, réplicables et localisables dans des écosystèmes économiques régionaux.

Aussi militons-nous pour un lieu de dialogue permanent entre industriels et financeurs, entre innovateurs et territoires, entre négociateurs législateurs et entrepreneurs, sans oublier la société civile. Cette idée n’a été qu’ébauchée jusqu’à présent : le « Climate Action Network International » (CAN-I), plus grand réseau d’organisations de la société civile mobilisées contre le changement climatique, avec plus de 950 membres dans plus de 110 pays, est mono-type d’acteurs. Il demeure un réseau d’influence auprès des gouvernements’ et reste tendu vers le processus inter-gouvernemental des COPs. Il faut dépasser les approches « intra-blocs » et de « bloc à bloc » par des interactions directes, pour pérenniser un dialogue continu, et surtout pour que des initiatives concrètes, auto-porteuses par les acteurs qui les promeuvent ensemble puissent immédiatement voir le jour.

Bourse aux idées, forum permanent, « assemblée des parties prenantes », le besoin importe au-delà de la formule qui sera retenue. Les négociateurs se connaissent maintenant entre eux ; ils ont à gagner à mieux connaître les initiatives concrètes au moins autant que les porteurs de celles-ci pourraient vouloir gagner à se faire connaître. C’est au final le bien commun d’un véritable marché des solutions vertes à créer qui est en jeu.

(*) Joël Ruet est économiste au CNRS (CEPN Paris 13 et CRG Ecole Polytechnique), France

Adam Thiam est ancien chef de Cabinet du Président de la Commission de l’Union Africaine

Matthieu Wemaëre est avocat à Bruxelles, il a conseillé le gouvernement du Pérou pour la COP20 et celui du Maroc pour la COP21

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