Les carnets secrets du Président , Je suis un homme…

Les carnets secrets du Président , Je suis un homme...

Derrière les initiales F.H. se cache un fin observateur de la gauche française, assez introduit dans l’entourage présidentiel pour ne rien ignorer (ou presque) de ce qui se trame dans le bureau du chef de l’Etat. Et qui, pour avoir suivi depuis de longues années François Hollande, est un fin analyste de la psychologie présidentielle.

Sans me vanter, je suis plutôt bon, en ce moment. Mon opération « ça va mieux » fonctionne à merveille. Même ceux qui contestent mon diagnostic ne parlent que de ça. Je ne leur en demande pas davantage. Ils relaient tous mon slogan de précampagne. Je ne vais quand même pas demander des droits d’auteur. Bientôt, on pourra passer à la suite. Quelque chose comme « La France qui gagne » avec ma tête, en gros, au milieu de l’affiche. Avec un peu de chance, ça sera comme un 49.3 à l’échelle de la gauche. Tout le monde devra s’aligner.

Dans un genre différent et toujours sans me vanter, on ne pourra pas dire que je manque de lucidité depuis quelque temps. Sur le petit Macron, par exemple, qui a vu juste depuis le début » Je viens de relire les carnets que je donne ici chaque semaine. Eh bien, dès les premiers jours d’avril, c’est moi  et personne d’autre  qui ai écrit que « l’homme qui marche » se prenait pour Jeanne d’Arc et qu’il allait avoir bientôt le choix entre le sacre (pour moi) et le bûcher (pour lui).

Sur ce coup-là aussi, je me souviens des commentaires de mes proches conseillers quand je leur tenais ce raisonnement. Ils disaient qu’à mon tour, j’avais des visions. D’autres prétendaient en ricanant que j’entendais déjà des voix. Tous, en tout cas, contestaient qu’Emmanuel soit assez dingue pour vouloir relever le drapeau passablement ringard de notre Pucelle nationale. Je ne vais pas donner des noms mais il y a un certain Julien D. qui est un de mes visiteurs habituels du dimanche après-midi et qui m’a dit, un jour, en levant les yeux au ciel’: « Emmanuel, sur les traces de Jeanne » Mais ça va pas la tête’! Ce type est capable de mettre le feu à la Silicon Valley et tu penses vraiment qu’il va se mettre à allumer les chaisières de Philippe de Villiers » »

Mon ami Julien D. a parfois des analyses politiques un peu sommaires et, dimanche, en regardant à la télé le discours de Macron lors des fêtes d’Orléans, j’ai eu un moment la tentation de lui envoyer un texto moqueur. Mais quand on a vu juste, il faut parfois rester modeste. Et puis surtout, des messages de ce genre, j’aurais pu en envoyer à la Terre entière. Les mêmes qui ne voulaient pas me croire lorsque je comparais Jeanne et Emmanuel, m’assuraient depuis quelques jours que ce dernier allait profiter de l’occasion pour faire un pas supplémentaire sur le chemin de la candidature en 2017.

Ces deux-là n’ont pas la même conception de l’ivresse. Arnaud y va volontiers au gros rouge qui tache. Emmanuel, lui, a plus la tête du gamin qui sirote les burettes en cachette, après la grand-messe de onze heures

Ça, c’était plutôt la ligne Le Foll. J’ai compris depuis longtemps que Stéphane aimerait que je m’affirme comme « un vrai chef », dans le genre couillu et viril. Il voudrait donc qu’à la première occasion, je trouve le moyen de claquer Léa Salamé pour lui apprendre à respecter la fonction présidentielle et, s’agissant de Macron, il n’attend qu’une seule chose’: que je le vire comme j’ai viré Montebourg en son temps. Il s’était donc convaincu que l’eau bénite d’Orléans serait l’équivalent de la cuvée du redressement, à Frangy.

Moi, je le connais par c’ur, le petit Emmanuel. Il peut bien raconter ce qu’il veut aux journalistes. Je n’ai vraiment pas l’impression qu’il ait la moindre envie, quoi qu’il laisse entendre, d’abandonner son fauteuil de Bercy, sa voiture de fonction et ses rendez-vous privilégiés avec toutes les stars du CAC40. Je peux me tromper mais dans la folie des grandeurs, Montebourg conserve sur lui une bonne longueur d’avance. Pour le dire autrement, ces deux-là n’ont pas la même conception de l’ivresse. Arnaud y va volontiers au gros rouge qui tache. Emmanuel, lui, a plus la tête du gamin qui sirote les burettes en cachette, après la grand-messe de onze heures. Naturellement, l’effet n’est pas tout à fait le même’!

Pour vérifier cette impression on n’est jamais trop prudent  j’ai fait appel, l’autre soir, au pif de Ségolène. On a dîné en tête-à-tête. Comme avant’ Et comme avant, j’ai recueilli ses impressions sur les uns et les autres. Ah ça, on ne peut pas dire que ma Ségo ait perdu ses réflexes. Quand elle mord, c’est à pleines dents et au sang. On n’avait pas encore fini l’entrée que déjà Montebourg était en loque. « Mais François, ce type est un tambour crevé’! Tu ne vas pas me faire croire que tu as peur de lui. » Comme si c’était mon genre’! Au passage, Ségo m’a rappelé qu’elle avait su « lui couper les couilles » lorsqu’elle était candidate à la présidentielle. « Tu te souviens, c’était le bon temps’! »

Ségolène Royal’: « Moi aussi, j’ai été Jeanne. Moi aussi, j’ai voulu délivrer la France. » C’est toujours le problème avec elle. A l’écouter, on a toujours l’impression que le temps s’est arrêté en 2007

Ah ça oui, je me souviens bien’ Avec le plat principal, j’ai mis le cas Macron sur la table, histoire de passer à autre chose qui me soit moins pénible. Mais là encore, Ségo est revenue sur son expérience personnelle. « Moi aussi, j’ai été Jeanne. Moi aussi, j’ai voulu délivrer la France. » C’est toujours le problème avec elle. A l’écouter, on a toujours l’impression que le temps s’est arrêté en 2007. Cela dit, sur la chevauchée d’Emmanuel, Ségo a eu une analyse qui m’a bien plu. « Tout ça, c’est de la roupie de sansonnet. T’en connais beaucoup des conquérants qui avant de baisser la visière se regardent dans la glace et vérifient que leur mèche est toujours à sa place » »

Je n’avais pas vu ça comme ça mais c’est le charme de Ségo. Son regard est différent et, du coup, l’air d’une chanson m’a traversé la tête. « Elle a les yeux revolver. » C’est d’ailleurs juste à ce moment-là qu’elle a vraiment dégainé. Je n’avais plus Jeanne devant moi, mais Calamity Jane en personne.

« Moi candidate, je tirais dans le tas. Moi candidate, je renversais les tables. Moi candidate, je ne m’interrogeais pas chaque matin sur ce que j’allais faire le soir. Moi candidate, j’étais une femme debout. Moi candidate, je ne marchais pas, mais je courrais sans cesse. » A cet instant de l’anaphore, j’étais sur le point d’applaudir quand Ségo a planté ses yeux droits dans les miens. Avec un sourire carnassier, elle a alors ajouté’: « Moi candidate, je n’étais l’obligée de personne et je n’avais d’ailleurs pas besoin de le rappeler publiquement pour que le mollasson qui dirigeait alors le PS me croie sur parole. »

Un ange a passé. En d’autres temps, je me serais peut-être un peu vexé. « Ça va » », m’a demandé Ségo qui venait de comprendre qu’elle était allée un peu loin. « Mieux, tu sais bien », lui ai-je répondu. Il faisait doux. La fenêtre était grande ouverte sur le jardin de l’Elysée. Ségo, après s’être enflammée, était, comme toujours, redescendue sur Terre et il y avait désormais dans sa voix quelque chose de tendre. « Tu sais le problème avec Macron » » J’ai laissé la question sans réponse comme s’il fallait la laisser glisser toute seule sur la table.

« Emmanuel est comme toi.

‘ Ah bon »

‘ Oui, c’est un homme.

‘ Et alors »

‘ Alors, ce n’est pas le courage qui vous étouffe’

‘ Donc »

‘ Donc, tu peux dormir tranquille. »

Nous nous sommes embrassés sur la joue. Après son départ, je suis allé me coucher. Dois-je dire ici qu’en effet, j’ai passé une nuit délicieuse »

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