Leçons d’histoire après le Brexit

Leçons d'histoire après le Brexit

Le Brexit a résonné comme un coup de tonnerre dans le ciel déjà passablement chargé de la construction européenne, suscitant des critiques non pas du Royaume-Uni mais de l’Europe. Comment comprendre ce désamour, au-delà des leçons de simplicité, de bonne gouvernance et de l’oubli des peuples déjà serinés à l’Europe » En faisant un retour historique.

La libéralisation de l’économie française au XVIIIe siècle a été impulsée par deux groupes bien identifiés’: la moyenne noblesse d’une part et la moyenne bourgeoise d’autre part qui avaient en commun un horizon national, contrairement par exemple à la grande aristocratie dont l’échelle de référence était européenne et à la petite noblesse, ancrée dans les provinces. C’est cette alliance qui a promu le libéralisme économique qui, à partir de 1760 et malgré quelques retours en arrière temporaires, a imposé un « marché national » en détruisant consciencieusement les obstacles à la libre circulation des biens et des personnes, en unifiant le territoire, en interdisant les corporations, en donnant peu à peu une langue, des règles et des systèmes de mesure uniques au marché français.

Tarifs de Méline. L’histoire du XIXe siècle fut longue pour que la France bâtisse un nouveau système de protection des milieux populaires et des classes moyennes. Il a fallu attendre 1881 et la loi sur les associations pour autoriser les hommes et les femmes de bonne volonté à s’organiser pour militer et 1884 pour autoriser un syndicats. Puis, en 1892, les tarifs Méline (1) ont mis la paysannerie française à l’abri de la crise économique mondiale et lui ont assuré une période de transition qui l’amena sans encombre jusqu’en 1914.

La construction européenne a été plus rapide. Cinquante ans ont suffi pour construire le marché unique, casser les barrières internes à l’Europe et la doter d’une monnaie unique. Cette entreprise continentale de libéralisation des marchés a été portée là aussi par une petite élite dont l’horizon est mondial et qui voit, comme ses lointains prédécesseurs du XVIIIe siècle, les gains possibles d’une ouverture des marchés. Grâce à son pouvoir, elle a diffusé l’idéologie de l’ouverture, de la mondialisation, du libre-échange, de l’économie de marché planétaire et de la démocratie qui suivrait.

Dans les deux cas, la masse de la population est restée attachée au système d’avant. Au XVIIIe siècle en France, l’État royal qui avait sapé « l’économie morale » traditionnelle pour imposer un pouvoir royal encore plus direct qu’auparavant fut accusé de « despotisme », comme on dit aujourd’hui « pensée unique » ou « ultralibéralisme ».

Soyons attentifs aux leçons de l’histoire et étudions sereinement le message politique envoyé par les Britanniques. Parce que la destruction des protections a précédé une reconstruction à un niveau plus adapté aux réalités du monde, il est urgent que l’Europe soit une source de protection et pas seulement de dérégulation. Organisons donc le commerce international à l’échelon européen, avec en sus un vrai système social. C’est la meilleure leçon que peut nous donner l’histoire.

(1) : Les Tarifs Méline, instaurés en 1892 par Jules Méline (1838-1925) alors ministre de l’Agriculture, visaient à protéger l’agriculture française de la concurrence internationale. Ils ont marqué la fin de la politique de libre-échange entamée sous le Second Empire, avec le traité franco-anglais de 1860.

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