La diplomatie française aux abonnés absents

La diplomatie française aux abonnés absents

C’est un tweet de Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères, qui résume tout. « Triste pour le Royaume-Uni. L’Europe continue mais elle doit réagir et retrouver la confiance des peuples. C’est l’urgence ».

A l’instar d’Harlem Désir, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes dont la dernière intervention notable sur le Brexit remonte au mois de février, la diplomatie française a regardé en spectatrice le déroulement de la campagne britannique sur le Brexit.

Jean-Marc Ayrault s’est bien rendu la semaine dernière en Allemagne, à l’invitation de son homologue Frank-Walter Steinmeier. Si ce dernier prévoyait « un tremblement de terre pour l’Europe » et s’inquiétait pour « une désintégration » de l’Europe au cas où les Britanniques claquaient les portes de l’UE, le Français se voulait rassurant, disant vouloir « donner à l’Europe un nouveau dynamisme ».

« L’histoire frappe à la porte ». Initialement, une déclaration franco-allemande était prévue avant le jour du vote en Grande-Bretagne. On l’attend toujours. La vérité est que Paris et Berlin n’abordent pas la question de l’après-Brexit de la même manière. La France veut montrer ses muscles afin d’éviter que d’autres pays européens suivent la voie britannique, quand l’Allemagne se veut plus conciliante. « Les Allemands vont la jouer’: on ouvre les négociations, de façon bienveillante. Nous, ce sera la fermeté, la grande fermeté absolue. Jusqu’à maintenant on a laissé les rênes trop lâches », confie un ministre de poids du gouvernement Valls, qui se dit assuré du soutien de la Commission européenne et de l’Italie. Matteo Renzi devrait d’ailleurs participer à la rencontre prévue lundi à Berlin entre François Hollande et Angela Merkel, à la veille du Conseil européen.

Evoquant « le danger immense » auquel est confrontée l’UE face « aux populismes et aux extrémismes », le président de la République a promis, vendredi matin lors d’une déclaration télévisée, que la France organiserait « le sursaut européen » et serait « à l’initiative pour que l’Europe se concentre sur l’essentiel ». A savoir « la sécurité des frontières, l’harmonisation fiscale et sociale, le renforcement de la zone euro ». « L’Europe doit laisser aux Etats nations ce qui relève de leur seule compétence » a-t-il estimé. « Aujourd’hui, c’est l’histoire qui frappe à notre porte, ce qui se joue c’est la dilution de l’Europe », a dramatisé François Hollande.

Mais au-delà des déclarations solennelles, le choc est entier. « L’urgence, c’est surtout de maintenir l’unité de la famille européenne », admet une source gouvernementale française au c’ur des futures négociations. « Le contexte politique est très tendu’: on est sur une matière inflammable », poursuit ce diplomate français. Choc politique et onde de choc économique attendu avec l’ensemble des partenaires. « Ce ne sera pas bon pour la reprise dans la zone euro, confie encore un ministre. Vu de Chine ou du Japon, pour eux le Brexit ça veut dire que c’est le bordel. Et donc ils vont se retirer, moins investir ».

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