Donald Trump veut-il vraiment devenir président ‘

Donald Trump veut-il vraiment devenir président '

Voilà un phénomène unique dans l’histoire des élections américaines. Donald Trump, candidat officiel d’un des deux grands partis politiques, donne tellement l’impression de tout faire pour perdre le scrutin que de nombreux observateurs se demandent s’il aspire vraiment à devenir le prochain président des Etats-Unis.

Résumons-nous. Trump a face à lui une candidate démocrate très impopulaire et loin de faire l’unanimité dans son propre camp. Hillary Clinton sort d’une primaire qu’elle a emportée plus difficilement que prévu. Sa campagne n’a suscité  aucun engouement réel, en comparaison de celle de son adversaire Bernie Sanders, ou de celle de Barack Obama en 2008. Le scandale des e-mails privés (elle a utilisé son serveur personnel pour stocker des e-mails classés secret défense lorsqu’elle était Secrétaire d’Etat de 2009 à 2013) a écorné son image. Elle est également accusée d’éventuels conflits d’intérêts du fait de son rôle d’intermédiaire dans l’obtention de financements au profit de la Clinton Global Initiative, la fondation créée par son mari. Aux yeux de beaucoup d’Américains, Clinton passe pour une femme expérimentée mais hautaine, manipulatrice et plus proche de Wall Street que des classes moyennes.

Dans ce contexte, Trump devrait logiquement être en position favorable et bénéficier de l’alternance politique habituelle, après huit années d’une présidence Obama mitigée.

Swing states. Pourtant, depuis la fin du mois de juillet, les sondages disent le contraire. Jour après jour, Clinton prend de l’avance. Elle est donnée nettement gagnante au niveau national par tous les instituts. Plus important encore, elle est en tête dans les intentions de vote de plusieurs swing states, comme la Pennsylvanie, l’Ohio, le Colorado ou la Caroline du Nord. Trump serait même à risque dans certains red states traditionnellement favorables au Grand Old Party, comme l’Arizona ou la Géorgie. Selon les projections de spécialistes électoraux, Clinton aurait désormais plus de 85 % de chance de l’emporter en novembre prochain.

Même si rien n’est encore joué puisque le vote a lieu dans douze semaines, Trump est dans une situation délicate. Son parti espérait le voir adopter un ton plus présidentiel, plus consensuel. Il n’en est rien.

Le milliardaire continue de multiplier les gaffes et les provocations. Comme lorsqu’il dénonce la partialité supposée du juge en charge de l’affaire de la « Trump University » uniquement en raison des origines mexicaines de ce dernier. Ou lorsqu’il attaque Khizr et Ghazala Khan, venus du Pakistan, dont le fils Humayun, capitaine dans l’armée américaine, est mort au combat en Irak. Ou lorsqu’il ne soutient pas Paul Ryan et John McCain, deux ténors du parti engagés dans des scrutins locaux. Ou lorsqu’il refuse de publier ses déclarations fiscales à l’inverse de tous les candidats depuis 1976. Ou lorsqu’il invite en plein meeting les Second Amendment people (les défenseurs de la liberté du port d’armes) à « faire quelque chose… » pour empêcher Hillary Clinton, si elle était élue, de nommer un juge à la Cour Suprême défavorable à cet amendement. Cette invitation a été perçue par beaucoup comme un appel ouvert à la violence contre sa rivale. Ou, plus récemment encore, lorsqu’il qualifie Obama et Hillary de « fondateurs » de l’Etat Islamique.

Toutes les hypothèses sont avancées, y compris celle d’une stratégie de communication délibérée fondée sur trois temps’: discours incendiaires négation de l’interprétation qui en est faite critique des médias, considérés à la solde des démocrates

Conséquence directe’: les défections s’accumulent depuis quelques jours et un nombre croissant de parlementaires républicains ont indiqué qu’ils ne voteraient pas pour Trump. La très respectée Susan Collins, sénatrice du Maine, a publié début août une tribune remarquée dans le Washington Post en justifiant sa position’: Donald Trump ne reflète pas les valeurs historiques des républicains, il ne cesse de faire des commentaires désobligeants et il se montre incapable de reconnaître ses erreurs. Ces défections touchent aussi les donateurs habituels du parti. L’ex-PDG d’eBay et de Hewlett-Packard, Meg Whitman, vient ainsi d’appeler à voter pour Clinton et s’est portée volontaire pour lever des fonds pour elle.

Malgré quelques discours plus posés, notamment lors de la convention nationale ou lors de la présentation de son programme économique, Trump semble incontrôlable, au point que certains s’interrogent sur ses motivations réelles ou sur sa volonté de gagner. Souhaitait-il vraiment devenir le candidat des républicains » A-t-il été dépassé par ses propres victoires lors des primaires » Cherche-t-il à renforcer la valeur de la marque « Trump » » Ou au contraire, est-il convaincu de la pertinence de sa campagne » Toutes les hypothèses sont avancées, y compris celle d’une stratégie de communication délibérée fondée sur trois temps’: discours incendiaires négation de l’interprétation qui en est faite critique des médias, considérés à la solde des démocrates.

Elargir son électorat. De façon rationnelle et compte tenu de la démographie américaine, il sera de toute façon impossible à Trump de l’emporter avec la seule catégorie d’électeurs qui lui est déjà acquise, à savoir celle qui regroupe les électeurs masculins, blancs et peu éduqués. Pour rappel, Obama a été reconduit en 2012 à la Maison Blanche avec 66 millions de voix. Trump n’a pour l’instant réuni « que » 14 millions de voix lors des primaires. Le candidat des républicains doit donc impérativement rassembler au plus vite pour redresser la barre. Les dernières enquêtes d’opinions montrent que pour le moment, il n’y parvient pas. Depuis huit mois, Trump a toutefois déjoué tous les pronostics en écoutant son propre instinct plutôt que les conseils d’experts. Il est donc probable qu’il continue de la sorte. Au risque de perdre le scrutin de novembre. Cette perspective ne paraît pas vraiment l’effrayer puisque, comme il l’a lui-même admis, il pourra alors « prendre de longues et belles vacances ». En attendant, cette campagne, que l’on annonçait déjà très agressive, pourrait bien aussi devenir la plus trash’

Alexis Karklins-Marchay, associé du cabinet Eight Advisory, est l’auteur de l’Histoire impertinente de la pensée économique (Ellipses, 2016)

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