Danone s’offre l’américain WhiteWave pour devenir le leader mondial du bio

Danone s'offre l'américain WhiteWave pour devenir le leader mondial du bio

Le champion français de l’agroalimentaire achète le leader américain des laits bio et des produits à base de fermentation végétale. Avec des ventes annuelles de 4 milliards de dollars et des profits de 375 millions, WhiteWave est une entreprise rentable en forte croissance.

Quand on aime, on ne compte pas trop. Il y a tout juste neuf ans, en juillet 2007, Danone rachetait pour 12 milliards d’euros le leader européen des aliments pour bébés. Un prix particulièrement élevé puisque Numico ne réalisait que 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 200 millions bénéfices. A cette aune, la reprise de WhiteWave est « bon marché ». Le groupe dirigé depuis un an et demi par Emmanuel Faber met en effet 11,3 milliards d’euros sur la table pour acheter une entreprise dont les ventes atteignent 3,5 milliards d’euros et les profits 330 millions.

Depuis l’été 2007, les temps ont aussi beaucoup changé. Avec des taux d’intérêt historiquement bas, Danone peut se permettre de financer la totalité de son acquisition par endettement. Selon nos informations, après finalisation du deal, le groupe présidé par Franck Riboud devrait émettre des emprunts obligataires pour en refinancer la moitié, le solde étant constitué d’emprunts bancaires. Si les montants sont impressionnants, d’autant que Danone supporte déjà 7 milliards de dettes, les performances de WhiteWave et les synergies attendues rendent ce bond de l’endettement tout à fait supportable.

Alternatives végétales. Le leader américain des produits laitiers bio et des alternatives végétales au lait est en effet très rentable sur un marché en croissance tout en étant très complémentaire des marques de Danone. Le groupe de Denver (Colorado) a ainsi connu une croissance moyenne de ses ventes de 19 % au cours des quatre dernières années tandis que ses profits progressaient de 29 %. Leader dans son domaine, WhiteWave qui réalise 85 % de son chiffre d’affaires de 4 milliards de dollars aux Etats-Unis a encore de belles perspectives puisque ce marché représente quelque 35 milliards par an.

La complémentarité entre les produits laitiers frais de Danone (Stonyfield, Les 2 vaches’) et les laits de coco, soja ou amande (Silk, Horizon’) de sa nouvelle filiale sont évidents. D’emblée l’opération va permettre au groupe français de doubler de taille aux Etats-Unis. Les deux nains relatifs qu’étaient encore WhiteWave et Danone séparément vont donner naissance à un ensemble réalisant 6 milliards de dollars de ventes et entrant dans le top 15 des groupes agroalimentaires yankees. Un élément qui n’a rien d’anecdotique. « On change de braquet » affirme Emmanuel Faber qui y voit en effet un moyen de peser davantage dans les négociations avec les distributeurs pour « les convaincre d’augmenter la taille des linéaires consacrés à nos produits. » De même la forte position de Danone en Europe devrait permettre d’accélérer le développement de l’Américain sur ce continent où il ne réalise que 15 % de ses ventes.

Complémentarité commmerciale. Au-delà de cette complémentarité commerciale, le mariage se présente aussi sous les meilleurs auspices car il s’agit de groupes ayant la même philosophie. Franck Riboud, Emmanuel Faber et Gregg Engles, PDG de WhiteWave, se connaissent depuis 15 ans et partagent les mêmes convictions sur la « révolution alimentaire » qui doit accompagner le désir des consommateurs de trouver des produits plus sains avec pour maîtres mots l’absence d’OGM et le développement durable. Il n’y aura donc pas de choc des cultures.

Globalement, le champion français table sur 300 millions de dollars (265 millions d’euros) de synergies annuelles à l’horizon 2020. De quoi favoriser le remboursement de la dette et réduire significativement le multiple payé (21 fois le résultat brut attendu cette année). De ce fait, les dirigeants de Danone considèrent qu’ils conserveront une bonne notation « investment grade » malgré la forte hausse de leur dette.

Cette opération est aussi un repositionnement stratégique pour le groupe de Franck Riboud. En achetant WhiteWave, uniquement présent aux Etats-Unis et en Europe mais sur des marchés en forte croissance, il va doper ses performances et changer sa physionomie. La part de l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) dans les ventes du groupe va ainsi passer de 12 à 22 % tandis que celle de l’Europe reviendra de 40 à 36 % et celle de l’Asie-Amérique latine-Afrique de 40 à 35 %, l’ex URSS restant quasi stable à 7 %. L’ensemble sera donc plus équilibré alors que la croissance piétine toujours dans la vieille Europe et que certains pays émergents connaissent un net ralentissement. Si l’opération a un prix non négligeable, elle réussit la gageure de concilier renforcement dans les marchés matures et les régions les plus stables et accélération de la croissance des ventes et des marges.

Les investisseurs ont d’ailleurs fortement salué le deal en faisant bondir l’action Danone de plus de 6 % à l’ouverture, ce jeudi. Même si le soufflé est un peu retombé dans l’après-midi, le groupe français peut se targuer d’afficher une des quatre meilleures performances de l’indice CAC40 depuis un an comme depuis le début de 2016. Avec une capitalisation boursière de 42 milliards d’euros, il est ainsi moins opéable malgré son capital très éclaté.

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