Cette gauche qui tient à perdre

Cette gauche qui tient à perdre

Marie-Noëlle Lienemann, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Cécile Duflot, Jean-Luc Mélenchon et demain Tartempion’ La liste s’allonge des politiciens de la gauche qui se sentent irrésistiblement appelés au secours de la France. Après des réflexions qu’ils assurent très profondes et très sérieuses, qui ont duré très longtemps, au moins tout l’été, comprenez qu’ils se sentent obligés en leur for intérieur. Répondre à l’appel supérieur, c’est ça, à leurs yeux, faire de la politique française. Le pays souffre, ils doivent « y aller ». Comme la Jeanne de Lorraine, comme le Grand Charles. Eux aussi se sacrifient. Les uns, tradis, grimpent des promontoires de la Gaule ancestrale’; d’autres font des déclarations urbi et orbi à la radio publique (forcément) du matin’; les derniers, hardiment modernes, utilisent Facebook.

Comme le mécanisme de la primaire transforme, hélas, la politique en matchs et comme les journaux raffolent des « combats » de coq et de poules au sein de chaque basse-cour, les candidats qui se lancent réussissent à coup sûr’: ils passent à la télé

Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis rit jaune de la désunion de son camp et compare méchamment cette sortie des candidats à la fureur du Pokémon Go. Il n’a pas tort, il faut dire. Il y a un côté pitoyablement infantile dans cette ruée. À citer l’Histoire, certains petits politiciens ambitieux se prennent pour Elle. Ils relèvent le menton, dénoncent tout ce qui se fait, osent des propositions chocs, se drapent dans la Révolution. Comme le mécanisme de la primaire transforme, hélas, la politique en matchs et comme les journaux raffolent des « combats » de coq et de poules au sein de chaque basse-cour, les candidats qui se lancent réussissent à coup sûr’: ils passent à la télé. Et ils croient qu’ils assurent ainsi leur avenir, ministre un jour, l’objectif véritable, mais pourquoi pas, sans rire, président « pour de vrai ».

Calcul cynique. La réalité est que ces personnages font le calcul cynique que l’élection présidentielle de 2017 est perdue pour la gauche et que leur intérêt personnel est de prendre position pour les coups d’après. Le scrutin de l’an prochain, chacun le sait, mettra sans doute Marine Le Pen devant tous les autres au premier tour, la deuxième place va se jouer dans un mouchoir de poche. Le moindre quart de pourcent sera décisif. Dans ce cadre, on peut prétendre séparer les candidats comme Jean-Luc Mélenchon qui iront à la primaire de toutes les façons et dont le score se soustraira mathématiquement à celui du parti socialiste, de ceux comme Hamon ou Montebourg qui disent ne pas affaiblir leur camp puisqu’ils iront à la primaire socialiste mais s’effaceront ensuite derrière le vainqueur.

Ils savent pertinemment que leurs candidatures cumulées, à la primaire et hors primaire, interdiront la victoire. Mais ils pensent en vérité qu’elle est impossible de toute façon. Ils ne jouent plus qu’un jeu personnel

Mais ce raisonnement ne tient pas à cause de la vigueur des critiques qu’ils tiennent. Dans leur bouche, rien n’a été bon dans le quinquennat de François Hollande, la différence est totale avec ce qu’ils proposent tous. Comment pourront-ils avec de telles divergences fondamentales se ranger ensuite benoîtement derrière le candidat social-démocrate » Hamon aujourd’hui, Benoît demain » Non, ils ne peuvent pas orienter leurs électeurs vers l’est pour ensuite leur dire d’aller plein ouest. Se présenter comme ils le font, avec les programmes qu’ils ont, est sciemment réduire d’une fraction de voix le total de leur camp. C’est pour très peu, préparer la défaite en 2017, comme pour Lionel Jospin en 2002. Cette inéluctable soustraction mathématique, tous les personnages de la liste n’en ignorent rien. Ils savent pertinemment que leurs candidatures cumulées, à la primaire et hors primaire, interdiront la victoire. Mais ils pensent en vérité qu’elle est impossible de toute façon. Ils ne jouent plus qu’un jeu personnel.

Cette vérité permet d’écouter leurs belles paroles « de gauche » avec beaucoup de recul. Constat triste de voir ce déchirement cynique et, au-delà de leur personne, cette préférence historique de la gauche française pour refuser de gouverner. Diriger, c’est se compromettre, pour les socialistes à l’âme pure, c’est se salir les mains. Rester dans l’opposition, c’est définitivement plus confortable, surtout dans le contexte ardu de la mondialisation.

Mais, think again, look again. Ne vous arrêtez pas là car la joie revient vite avec nos Tartempion. Qu’une Cécile Duflot qui a coûté tant de milliers d’emplois en ravageant le secteur de la construction comme ministre du Logement entre 2012 et 2014, revienne donner des leçons est d’un culot stupéfiant. Le meilleur est encore et toujours l’inénarrable Arnaud Montebourg. La lecture de son programme, si généreusement livré par le Journal du dimanche, va vous faire oublier les propos sérieux sur le pays et transformer illico vos larmes de pleurs en tenace fou rire.

On s’attendait à du solide. On a du simple’: tout pour les PME’! Tenez-vous bien’: 80 % des achats de l’administration, des collectivités locales et des hôpitaux doivent aller aux PME françaises. Bouygues ne fera plus les hôpitaux, ceux-ci ne pourront plus acheter des appareils importés comme les IRM

Après avoir voulu « redresser » la France comme ministre avec Duflot, il veut maintenant la faire « décoller », nous est-il expliqué en titre. Et après avoir copié la consultation porte-à-porte d’En Marche’! d’Emmanuel Macron, en écoutant les idées envoyées par 7’000 « artisans », le candidat livre vingt-cinq propositions en quatre chapitres. Comme il est allé « dans le privé » chez Habitat, comprendre les entreprises et l’économie après qu’il en fut ministre et comme il nous est raconté qu’il a beaucoup consulté, on s’attendait à du solide. On a du simple’: tout pour les PME’! Tenez-vous bien’: 80 % des achats de l’administration, des collectivités locales et des hôpitaux doivent aller aux PME françaises. Bouygues ne fera plus les hôpitaux, ceux-ci ne pourront plus acheter des appareils importés comme les IRM.

Du Chavez’! Qu’à cela ne tienne’! Montebourg fait du Chavez. Pour faire face à la crise du logement, il suffit de vendre les appartements HLM à leurs occupants à moitié prix. Bon sang, mais c’est bien sûr’! Pourquoi personne n’y a-t-il pas pensé plus tôt » Tant pis si les organismes propriétaires n’auront plus le moindre centime pour construire. Les impôts » Tout aussi facile’: il suffit de supprimer tous ceux décidés par Hollande. Et hop, le pouvoir d’achat « redécolle ». Des soldats manquent » Et hop, on recrée le service militaire obligatoire pour les filles comme pour les garçons. Tant pis si l’État-Major trouve que ce n’est pas la solution.

Tout est de la même eau, l’élixir d’hilarité garantie. Pour faire de la politique, selon le héros de Frangy-en-Bresse, il suffit d’être « volontariste ». Il suffit en vérité, là aussi, de quitter l’Union européenne. Arnaud Montebourg a dû être de ceux qui ont vibré avec le résultat du Brexit, il se voit maintenant en Nigel Farage français. Il ne propose rien de moins que de quitter l’Union pour ne plus s’ennuyer avec rien de Bruxelles, à commencer par le 3 % de déficit. La politique économique, c’est le volontarisme industriel et la relance tous azimuts. Facile, on vous dit.

Que les Britanniques au pouvoir trouvent en fait que c’est plus difficile que ça de gérer le post-Brexit, ne gêne aucunement notre vigoureux sauveur. Il est plus fort que tous les autres. Il est formidable. Il est définitivement et tristement comique.

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