Brexit , la fin du monopole occidental et les pays émergents

Brexit , la fin du monopole occidental et les pays émergents

Le Brexit est le dernier avatar d’une longue série de crises qui marque la fin de la suprématie occidentale’: guerre en Irak, crise financière, affaiblissement structurel de la croissance potentielle, explosion des dettes publiques, dislocation du Moyen-Orient, vague de terrorisme islamiste, exode de migrants vers l’Europe et, depuis le 24 juin, sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Ce sentiment de rupture concerne principalement les Occidentaux qui ont perdu le monopole de la conduite des affaires du monde. Les BRICS, eux, ont profité de la dernière décennie pour apparaître sur la scène mondiale et connaître une croissance extraordinaire. La Chine s’est hissée au rang de deuxième économie mondiale. Les anciens empires réapparaissent (Chine, Russie, Iran, Turquie).

Selon Hubert Védrine, le fait générateur du nouveau monde est la fin de la suprématie occidentale. Dans ce monde incertain, les Occidentaux se retrouvent face à eux-mêmes, isolés et fractionnés. Les ruptures s’accumulent et s’accélèrent pour façonner un monde avec de nouvelles règles’: la mondialisation du capitalisme, le basculement dans l’ère numérique, l’exacerbation des passions nationalistes et religieuses.

Gigantesques opportunités. Les pays émergents ne pensent pas vivre la fin d’un monde stable. Les Chinois, les Brésiliens, les Turcs ou les Nigérians voient au contraire, dans ce nouveau monde, de gigantesques opportunités pour émerger, créer de la richesse, voyager et peser de tout leur poids sur les affaires mondiales. Les pays émergents ont soif de conquête.

La lente dislocation du Royaume-Uni, qui fût la nation occidentale de la mondialisation depuis la révolution industrielle au XIXe siècle, en dit long sur l’affaiblissement du camp occidental. Les Britanniques vont être monopolisés, pendant de longues années, par les négociations de sortie avec Bruxelles, l’affrontement entre pro et antieuropéens, les revendications écossaises et irlandaises, l’affaiblissement de la livre et de la City. Pour les Européens du continent, le Brexit ouvre une période d’incertitudes et de dopage des partis populistes, obligeant à une clarification sans concessions sur la fin des élargissements et la délimitation des frontières au Sud et à l’Est.

Inversement, les pays émergents pèsent de manière croissante sur les affaires mondiales. La Chine joue un rôle central dans la stabilité de la croissance mondiale, le cours des matières premières ou la lutte contre le réchauffement climatique, Pékin représentant près d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La Russie est redevenue, avec les conflits ukrainien et syrien, un acteur géopolitique de premier plan. Après l’accord nucléaire de 2015, l’Iran va redevenir une puissance centrale entre le Moyen-Orient et l’Asie du Sud.

A l’instar du G20 créé par Nicolas Sarkozy en 2008, il revient maintenant à une nouvelle génération de dirigeants occidentaux d’organiser la gouvernance mondiale, avec les nouvelles puissances émergentes, sur quatre sujets majeurs’: le commerce, le climat, la monnaie et l’énergie nucléaire. Comme le disait Winston Churchill’: « Pour s’améliorer, il faut changer, donc pour être parfait, il faut avoir changé souvent »’!

Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du Conseil scientifique de la Fondapol.

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